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J'irai marcher 900 kilomètres en Ecosse : la randonnée en solo de Maëlle, de Glasgow au Cap Wrath.

Dernière mise à jour : 8 sept. 2023


Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle, de Glasgow au Cap Wrath en passant par Skye et les Hébrides Extérieures. | A Kiss From UK

Durant l’été 2022 je découvre l’incroyable épopée que Maëlle est en train d’entreprendre. Au fil des jours, elle raconte sur son compte Instagram son avancée sur les plus célèbres chemins de randonnée d’Ecosse. La West Highland Way, le Skye Trail, l’Hebridean Way, le Cape Wrath Trail… autant de parcours de marche longue distance en Ecosse aussi mythiques qu’exigeants que cette jeune femme affronte seule avec sa tente, son enthousiasme et son sac à dos.


La pluie, le vent, les ampoules aux pieds et les galères du quotidien n’ont pas eu raison de sa volonté ni de son sourire. C’est ainsi que 64 jours et 900 kilomètres de marche au milieu des plus beaux paysages écossais plus tard, Maëlle arrivait au Cap Wrath, le but de cette épopée.


C’est son aventure en Ecosse aussi inspirante qu’hors du commun que je lui ai proposé de partager avec vous ici. Et nul doute qu’en ayant fini la lecture de son récit sur ses randonnées en Ecosse, vous aussi vous aurez une admiration totale pour le projet qu’a entrepris Maëlle.


Plus qu’un guide sur ses randonnées Ecossaise, Maëlle nous livre ici une leçon de dépassement de soi et de volonté, un témoignage sans fard sur l’exigence et les difficultés d’un tel périple à pied en solo mais aussi sur le bonheur sans limite de découvrir l’Ecosse en marchant.


Après cette petite introduction il est temps de vous laisser profiter du récit de Maëlle.


La vallée du Glen Coe - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
La vallée du Glencoe

900 km à pied et en solo à travers l'Écosse, de Glasgow au Cape Wrath : le récit de Maëlle.


C'est à 20 ans que je découvre les paysages écossais en tombant par hasard sur une photo de la vallée de Glencoe, située dans les Highlands. Je suis tout de suite marquée par la beauté, la singularité et l'immensité des paysages. Synonymes de liberté, de silence et d'exploration, les grands et vastes espaces écossais restent alors gravés dans un coin de ma mémoire et l'idée d'y faire un voyage à pied germe alors dans ma tête. Cette idée aura le temps de mûrir pendant sept longues années.


7 ans pour accumuler de l'expérience en randonnée en itinérance, oser faire mon premier bivouac seule ou encore apprendre à parler anglais ; 7 ans pour gagner confiance en moi, dépasser mes peurs et vaincre mes insécurités ; 7 ans pour me sentir capable d'entreprendre un tel voyage, seule, à l'étranger et en sac à dos.


C'est donc petit pas après petit pas, que cette idée saugrenue de traverser l'Écosse à pied s'est construite et c'est finalement en 2022 que mon projet de rejoindre le Cap Wrath s'est concrétisé !


Je vous amène alors avec moi, le temps d'un article, dans cette aventure loin de mes attentes, de mon plan de départ, dans cette première aventure à l'étranger, unique et inattendue, et tout cela dans un pays magnifique. Décrire chaque journée de ce périple rendrait cet article interminable et puis toutes les journées passées sur le chemin ne sont pas intéressantes. J’ai préféré vous partager les jours de joie, les jours difficiles, bref les jours les plus marquants ! Bonne lecture !


Carte des 900 kilomètres de marche en Ecosse de Maëlle - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Les chemins que j'ai emprunté lors de ses 900 kilomètres de marche en Ecosse.


Mais au fait pourquoi marcher sur autant de kilomètres en Ecosse ?


Une des premières raisons et certainement la plus simple, c'est ma passion pour la marche et la randonnée. J'aime me mettre en mouvement pendant plusieurs jours et grimper des montagnes. Et puis par-dessus tout, je suis une grande passionnée d'aventures et de camping. C'est une fois que j'ai réalisé une de mes premières randonnées sur une longue distance que je me suis rendue compte du pouvoir de la marche et de ses effets plus que bénéfiques autant pour le corps que pour l'esprit. Car si la marche peut être dure, fatigante, blessante ou incertaine, au fil des kilomètres, elle se dévoile révélatrice, puissante, challengeante et libératrice. Et jour après jour, comme une évidence, le corps se prépare à marcher, le corps demande à marcher.



14 mai - Départ de Bordeaux.


C’est parti pour deux mois de voyage à pied à travers l’Écosse. Près de 900 km de chemins à parcourir. Le Cape Wrath dans le viseur.


Arrivée à Édimbourg en fin de matinée, je prévois de profiter de la ville pendant trois jours puis il me faut trouver un réchaud, une moustiquaire de tête et le fameux produit contre les midges ! C’est le 17 mai, heureuse de quitter la ville, que je prends le train pour rejoindre le port d’Ardrossan où le ferry pour l’île d’Arran m’attend. Que l’aventure commence !


Le ferry pour l'île d'Arran - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Le Ferry pour l'île d'Arran


100 km sur l'Arran Coastal Way


L'Arran Coastal Way est un itinéraire balisé suivant les contours de l'île d’Arran, située au sud-ouest de Glasgow. Je compte 6 jours de marche pour parcourir le trail mais je ne veux m'imposer aucun rythme. J'ai découvert l'île d'Arran par hasard, en faisant des recherches sur les trails en Écosse.


Surnommée la petite Écosse, l'île offre une grande diversité de paysages. Quoi de mieux pour entrer en matière ! Les étapes du chemin sont relativement faciles (peu de dénivelé positif), ce sera un bon entraînement pour la suite de l'aventure ainsi qu'un temps d'accommodation à la météo écossaise.


L'Arran Coastal Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK

Mes étapes sur l’Arran Coastal Way :

Étape 1. Brodick – Cnocan Wood

Étape 2. Cnocan Wood – Sannox

Étape 3. Sannox - Lochranza campsite

Étape 4. Lochranza - Tormore

Étape 5. Machrie - Blackwaterfoot - Kildonan

Étape 6. Kildonan – Clauchland Point

Étape 7. Clauchland Point – Brodick


Itinéraire de l'Arran Coastal Way en Ecosse - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle, de Glasgow au Cap Wrath en passant par Skye et les Hébrides Extérieures. | A Kiss From UK
L'Arran Coastal Way

Étape 1 de l'Arran Coastal Way, 17 mai.


A la descente du ferry, dans le port de Brodick, je me dirige, sous la pluie, directement vers l'épicerie du village pour me ravitailler pour les trois prochains jours. Une fois le sac à dos rempli de provisions, je rejoins déjà le sentier et je commence à marcher dans l'objectif de trouver un endroit pour planter la tente à l'abri de la pluie. Demain, j'ai prévu de prendre la variante qui permet de grimper au sommet du Goat Fell, le point culminant de l'île d'Arran (874 m).


Brodick sur l'île d'Arran - L'Arran Coastal Path - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Brodick

Étape 2 de l'Arran Coastal Way, 18 mai.


Malheureusement ce matin, le sommet du Goat Fell est dans la brume. C'est une fois arrivée près du sommet, sur les crêtes, que je prends conscience de la force du vent. C'est mon premier jour de marche, la force du vent me déstabilise et m'effraie, je décide alors de poursuivre mon chemin et de ne pas grimper au sommet. Je préfère entamer la descente vers le village de Corrie.


Le Goat Fell sur l'île d'Arran - L'Arran Coastal Path - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Le Goat Fell

La vue depuis les crêtes n'en reste pas moins magnifique. Le chemin jusqu'à Sannox est sans grandes difficultés. La vue sur la mer et la beauté du petit village de Corrie m'en font oublier de marcher sur la route. Une fois dépassé Sannox, je tombe sur une aire de pique-nique où des tentes sont déjà installées.


Corrie sur l'île d'Arran - L'Arran Coastal Path - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Corrie

En Écosse, tant que le Scottish Outdoor Access Code est respecté, il est très facile de planter la tente. Je décide de rester là pour la nuit même si je ne suis pas seule. La météo promet un beau lever de soleil et même si cela me demande de me réveiller à 3h30, je ne raterais ça pour rien au monde. J'irais me recoucher ensuite :)


Lever de soleil sur l'île d'Arran - L'Arran Coastal Path - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Lever de soleil sur l'île d'Arran

Étape 4 de l'Arran Coastal Way, 20 mai.


Je suis partie de Lochranza avec le soleil. Je suis arrivée à mon lieu de bivouac complètement trempée après 4 heures de marche sous des trombes d'eau. Il ne m'a fallu que trois jours pour faire connaissance avec la météo écossaise. Pluie - Vent - Soleil, les changements sont rapides.


Je suis totalement déstabilisée. Je n'ai jamais vraiment marché dans des conditions comme celles-là, et il me reste encore deux mois de marche (rires). Je crois qu'il va falloir que je m'adapte et surtout que j'accepte ces conditions si je veux aller au bout de cette marche.


Bref, à la fin de la journée, je suis épuisée, j'ai deux grosses ampoules, mes chaussures sont trempées. Et dans ma mini tente, elles ne promettent pas d'être sèches le lendemain. Sur cette étape, j'ai perdu le chemin peu de temps après Pirnmill. Arrivée près d'un cimetière, le chemin se perd dans les rochers. Je n'ai pas regardé les horaires de marée, je n'arrive pas à savoir si la marée descend ou monte, et marcher sur des rochers glissants ne m'intéresse pas forcément.


Demi-tour, je prendrai la route. Je ne fais que de la route entre Pirnmill et Tormore. Une route à deux voies. Ce n'est pas vraiment la joie, surtout quand les voitures ne ralentissent pas.


Lochranza sur l'île d'Arran - L'Arran Coastal Path - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Lochranza


Étape 5 de l'Arran Coastal Way, 21 mai.


A mon réveil, la pluie s'est arrêtée, mes chaussures ne sont pas sèches, ni mes chaussettes. Il n'y a pas de vent. Hier soir j'ai mangé dans ma tente, ce matin, rebelote, je mange dans ma tente car dehors je viens de croiser le chemin des fameux midges. Croyez-moi, vous n'avez pas envie de croiser leur chemin, ils ont le pouvoir de vous envahir en quelques secondes, ils sont minuscules mais voraces. Je vous conseille grandement de vous équiper d'une moustiquaire de tête. Oubliez le ridicule, cet accessoire est indispensable pour ranger le campement sans devenir fou.folle !


En mettant mes chaussures de randonnée, j'ai cette sensation très désagréable. Comme une brûlure sous le pied, en cause : les frottements entre mes chaussettes et l'humidité des chaussures. Ma démarche est assez drôle à voir, je boîte mais j'ai surtout mal. Je ne me sens pas de marcher aujourd'hui. Il me faut soigner et sécher ces ampoules. Je décide de marcher les 6 km qui me séparent de Blackwaterfoot pour prendre un bus et rejoindre le camping de Kildonan. Ici, de nombreux bus circulent sur l'île. Chaque village est desservi. N'osant pas faire de stop seule, c'est une bonne alternative en cas de problèmes, d'imprévus ou de fortes pluies.


Le réseau de bus sur l'île d'Arran - L'Arran Coastal Path - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Le réseau de bus de l'île d'Arran

Étape 6 de l'Arran Coastal Way, 22 mai.


Depuis le camping j'emprunte la variante qui grimpe sur les hauteurs. Arrivée à la cascade, je décide de descendre sur Whiting Bay et de suivre la côte jusqu'à Lamlash. Après avoir passé le village de Whiting Bay, je rejoins le Kings Cross Point. C'est un petit paradis qui donnerait presque envie de planter la tente et d'y rester jusqu'au lendemain mais il est vraiment trop tôt et le camping y est interdit.


Je poursuis mon chemin vers Lamlash. Mais une fois de plus je me fais avoir par la marée. Je rejoins donc Lamlash par la route. Sur la carte, j’ai repéré un endroit pas très loin de Lamlash qui me semble pas mal pour y passer la nuit. J’arrive sur place aux alentours de 18h. La pluie m’a donné rendez-vous, par chance, un abri se trouve là. Je décide d’attendre que la pluie s’arrête pour monter ma tente et profite de ce temps pour contempler Holy Isle juste en face de moi.


Holy Isle sur l'île d'Arran - L'Arran Coastal Path - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Holy Isle

Je monte la tente et ne tarde pas à m’y réfugier. Une averse s’abat sur l’île. Elle ne dure que quelques minutes. J’entends alors un étrange bruit. Je sors de ma tente et j’ai le plaisir de voir mes premiers phoques écossais !! Ils sont là tous les deux à se prélasser sur un rocher ! La pluie semble partie pour de bon, je ne tarde pas à m’endormir, bercée par le bruit de l’eau.


Phoques sur l'$ile d'Arran - L'Arran Coastal Path - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Phoque sur l'île d'Arran, près de Lamlash.

Je préfère dire que le vrai commencement de ma marche fut sur le West Highland Way. Cette première semaine sur l'île d'Arran fut compliquée physiquement et moralement. Cette semaine m’a donné le temps dont j’avais besoin pour réaliser que mes pieds se sont bien posés en Écosse et que je suis en train de réaliser ce projet dont j'ai tant rêvé.

Guide voyage l'île d'Arran en Ecosse


154 km sur le West Highland Way


Le West Highland Way (WHW) est un des trails les plus populaires au Royaume-Uni, très bien balisé, il ne comporte pas de grandes difficultés (les bords du loch Lomond peuvent être rocailleux). Il s’étend sur près de 154 km entre Milngavie et Fort William. Le West Highland Way est très fréquenté mais il en vaut la peine ! C’est une véritable plongée au cœur des Highlands et le chemin passe tout près de la très célèbre vallée du Glencoe. Marcher sur les bords du Loch Lomond restera un des moments favoris de mon voyage !


Mes étapes sur le West Highland Way :

Étape 1. Milngavie - Drymen

Étape 2. Drymen - Lochan Maol Dhuinne

Étape 3. Lochan Maol Dhuinne - Inversnaid

Étape 4. Inversnaid - Invernaran

Étape 5. Invernaran – Bridge of Orchy

Étape 6. Bridge of Orchy – Kinghouse

Étape 7. Kinghouse – Blar a’ Chaorainn

Étape 8. Blar a’ Chaorainn – Glen Nevis campsite


Itinéraire de la West Highland Way en Ecosse - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
La West Highland Way

Étape 3 du West Highland Way, 28 mai.


Le ciel est totalement dégagé ce matin. Sur le camp, il règne une ambiance paisible. Nous sommes cinq tentes à avoir passé la nuit sur le camp de Lochan Maol Dhuinne. Aujourd’hui je prévois de marcher seulement 12 km. Mon corps me le demande. Je retrouve le chemin, et pars en direction de Rowardennan. Après avoir dépassé l’hostel, j’ai la joie de trouver une honesty box remplie de gâteaux et de sandwichs au fromage. C’est la deuxième que je croise sur le chemin.


Après quelques kilomètres ; le chemin débouche sur une forêt enchantée, féerique. Les bluebells sont en fleur et forment de beaux tapis violets. La lumière du soleil, filtrée par les feuilles des arbres, accentue la couleur violette des fleurs. Je ralentis mon pas afin que ce moment dure le plus longtemps possible. Les plages se succèdent, j’en profite pour faire une pause.


Forêt sur la West Highland Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK

Arrivée à Inversnaid, je retrouve J et E croisés le veille sur le chemin. Je me joins à eux pour prendre un verre. J est franco-écossais, il a voyagé pendant près de 10 ans à travers le monde et n’hésite pas à m’encourager à faire de même. Il me montre que c’est possible de sortir des sentiers battus, de créer sa propre voie. Requinquée, je les quitte pour rejoindre le camping où je fais la connaissance de deux français, un frère et une sœur. Ils marchent aussi sur le WHW. Je me fais alors cette réflexion : il peut se passer des journées riches en rencontre et intenses en échanges comme des journées très solitaire, sans croiser âme qui vive. C’est aussi ce qui fait la beauté de cette aventure.


Étape 6 du West Highland Way, 31 mai.


Je quitte mon lieu de bivouac aux alentours de 7h30. Marcher tôt dans le silence, avant la foule, est un pur plaisir. Une fois Bridge of Orchy dépassé, je rencontre enfin le moorland, ces tourbières qui tapissent le paysage écossais. Les grands espaces. Enfin. Ce que je suis venue chercher.


Aux alentours de 13h, le ciel s’assombrit. Je ne regarde plus trop la météo, de toute façon, ça change tous les jours. Ça sent tout de même la pluie. Je quitte le chemin pour rejoindre un cairn, un peu plus haut. Prendre de la hauteur pour mieux voir cette étendue sauvage nommée Rannoch moor. Elle s’étend devant moi, autour de moi, je ne parviens pas à en voir le bout. Depuis mon point de vue, j’aperçois l’entrée de Glencoe avec en poste de garde le Buachaille Etive Mor. Imposant, splendide et sombre.


L'entrée du Glencoe - La West Highland Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
L'entrée du Glencoe

Je m’accorde une pause au Glencoe Ski Resort et je reprends le chemin. Je suis stoppée net dans mon parcours, une averse de grêle me prend par surprise. Plein de petits grêlons viennent me fouetter le visage. Ça fait mal. J’aperçois le Kinghouse Hotel, et comme par magie un bois se trouve juste à côté. Des tentes sont déjà installées près de la rivière Etive. Je me glisse dans le bois et j’étends mon rain tarp pour m’abriter dessous en attendant que l’averse de grêle passe. Après la grêle, la pluie. Il est encore tôt mais tant pis, j’installe mon campement, je me sens bien ici je y vais passer la nuit. Dans ce petit cocon vert.


Étape 7 du West Highland Way, 01 juin.


Ce matin, le soleil réchauffe la toile de ma tente. J’ai eu froid pendant la nuit, même emmitouflée dans mon sac de couchage. Je m’installe sous les rayons du soleil pour boire mon café et manger mes tartines de beurre de cacahuète. La journée s’annonce belle. Je pars tôt de mon campement pour profiter d’un moment calme. J’avance sur le chemin tout en étant hypnotisée par le Buachaille Etive Mor. C’est la première fois que je vois une telle montagne.


Le Buachaille Etive Mor - La West Highland Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Le Buachaille Etive Mor

Le Devil’s Staircase me fait prendre de la hauteur, la vue au sommet est splendide. Les marcheurs s’attroupent sur le chemin. Fin du moment calme. La descente sur Kinlochleven est interminable. Je n’en vois pas le bout, j’ai mal aux pieds et je ne pense qu’à manger. Vivement le ravitaillement. Le sac à dos rempli de victuailles je m’accorde une longue pause-déjeuner avant de repartir.


Le Devil's Staircase dans le Glencoe - La West Highland Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Le Devil's Staircase

Il est encore tôt, le soleil brille, je reprends la marche vers 14h30. Le chemin emprunte une old miltary road. Il n’y a pas de grandes difficultés mais le chemin caillouteux a raison de mes pieds. Je tarde à trouver un spot pour planter la tente. L’inconvénient des ces tourbières, c’est qu’il est compliqué d’y trouver un spot adéquat L’objectif, trouver un endroit plat, sec et abrité. Près d’un bois, je trouve un endroit convenable, ça n’est pas totalement plat mais cela fera l’affaire pour une nuit. Il ne me reste plus que 12km avant d’arriver à Fort William, le terminus.


Avant d’enchaîner la suite je compte me prendre un jour de repos car mes pieds me font mal. Ils ont besoin de s’aérer et de bons massages à l’arnica. Et puis j’espère pouvoir gravir le Ben Nevis (1345 m), le plus haut sommet du Royaume-Uni.


La West Highland Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK

Avant de partir sur l’île de Skye, j’ai marché deux jours sur le Great Glen Way (trail qui démarre de Fort William et qui se termine à Inverness) entre Invergarry et Drumnadrochit. Cette portion du chemin est incroyable en offrant de multiples points de vue sur le Loch Ness et traversant de magnifiques forêts de pins calédoniens. Depuis Drumnadrochit, j’ai dévié sur l’Affric Kintail Way (trail qui démarre de Drumndrochit et qui se termine à Morvich) avec comme objectif de rejoindre Morvich près de l’île de Skye. J’y ai marché pendant deux jours entre Drumnadrochit et le Glen Affric. Cependant en raison des conditions météo effrayantes, j’ai préféré faire demi-tour et finalement, pour rejoindre l’île de Skye j’ai pris le bus depuis Drumnadrochit et ce jusqu’à Broadford. Changement de plan total qui ne m’a pas laissé sans frustrations mais nécessaire pour ma sécurité.


Guide voyage Glencoe


128 km sur le Skye Trail


128 km de marche de Broadford à Rubha Hunish, à travers les paysages emblématiques de l'île de Skye : les Cuillins, Sligachan, Portree, the Storr, Trotternish Ridge, le Quiraing… Le Skye Trail est un chemin non officiel et par conséquent non balisé. Il est vivement conseillé de partir avec une carte, une boussole ou un GPS. Je me suis équipée du guide Cicerone et de la carte Harvey Maps. Le guide détaille les étapes du Nord vers le Sud. J'ai choisi d'emprunter le chemin du Sud vers le Nord, tout simplement en raison de l'orientation du vent.


Mes étapes sur le Skye Trail :

Étape 1. Broadford - Torrin

Étape 2. Torrin – Camasunary Bothy

Étape 3. Camasunary Bothy - Sligachan

Étape 4. Portree – The Storr

Étape 5. The Storr - Flodigarry

Étape 6. Flodigarry – Rhubba Hunish


Itinéraire du Skye Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Le Skye Trail

Plus je progresse vers le nord du pays, plus je trouve le paysage magnifique, dramatique et sensationnel !! Mon arrivée sur Skye fut particulièrement épique. Assise dans le bus, je rêvasse, perdue dans mes pensées et puis je finis par m'assoupir, bercée par les mouvements du véhicule. A mon réveil, je suis bluffée par le paysage qui défile sous mes yeux. Il pleut des cordes, la brume recouvre les sommets des montagnes, des torrents se déversent dans le Loch Cluanie, j'aperçois même un cerf aux bois de velours brouter de l'herbe sans se soucier du vent et de la pluie. L'ambiance est sombre, chaotique, un sourire se dessine sur mes lèvres. Je suis happée dans le paysage, l'excitation monte. J’ai hâte de ces quinze jours sur l'île.


Seul petit couac, je ne sais pas encore où je dors ce soir et j’avoue dans ces conditions, je préfère éviter de dormir sous la tente et lui éviter toutes potentielles distorsions et cassures par le vent. Je pars donc à la recherche d'un logement. Malheureusement ce jour-là, les auberges de jeunesse sont toutes complètes et le camping est inondé.


Je trouve finalement une chambre d'hôtel pas très loin de Broadford, le terminus de mon bus. La chambre est chère mais le petit déjeuner est compris, de quoi facilement me convaincre. Je suis partie avec un portemonnaie de secours en cas de situation d'urgence. Et là c'est une situation d'urgence. (Dans un moment comme celui-ci, où je ne sais pas vraiment où je vais ni où je dors, je m'interroge et je prends soin de faire le choix le plus adapté en fonction de mes besoins et de ma sécurité. Quel que soit mon plan de départ, chaque jour je m'adapte.)


En attendant le bus pour rejoindre mon hôtel, je me réfugie dans un café où je m'offre un bon repas. Il est 16h et je n'ai pas mangé depuis ce matin. Une fois ravitaillée, je rejoins l'arrêt de bus où j'entame une discussion avec un local. Je m'accroche pour comprendre ce qu'il me dit, il a un terrible accent écossais ! Je comprends que la météo est inhabituelle pour un mois de juin, et que la vie est chère sur l'île. J'ai justement choisi de partir en mai-juin car selon tous les bouquins de rando c'est la meilleure période pour marcher en Écosse. Pas de bol. Malgré tout, je profite du confort de l'hôtel et me régale des petits gâteaux et chocolats offerts.


Les paysages de l'île de Skye sur le Skye Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Les Paysages de l'île de Skye

Étape 2 du Skye Trail, 14 juin.


La veille j’ai retrouvé les deux français rencontrés sur le West Highland Way. Nous sommes stupéfaits de nous retrouver ici, à Torrin. Nous échangeons sur nos aventures depuis notre dernière rencontre. Ils m'annoncent leur plan pour demain. La météo s'annonçant très mauvaise, ils comptent rejoindre le prochain bothy via un chemin plus court. Ils m'indiquent le chemin sur la carte. Nous nous sommes promis de nous y retrouver et d'y passer l'après-midi.


Je quitte mon lieu de bivouac en tentant de ranger ma tente sans trop la mouiller davantage. Le chemin pour rejoindre la route est une véritable pataugeoire. Mes pieds s'enfoncent dans la boue, en même pas 30 min je patauge dans mes propres chaussures. Je suis reconnaissante de ce raccourci. Il me faut à peine 2h30 pour rejoindre le bothy au lieu de 5 ou 6h en suivant le chemin initial. Je suis impressionnée par l'eau qui s'écoule sur le sentier.


Bivouas sur l'île de Skye - Le Skye Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Bivouas sur l'île de Skye

Heureuse de me mette à l'abri, je retrouve mes camarades. Nous avons mangé, discuté, joué et rencontré d'autres randonneurs. C’est un plaisir de rencontrer d’autres marcheurs et de se raconter nos mésaventures ou bien de simplement échanger sur la marche ou sur nos vies respectives. Je viens de trouver ce qu’il me manquait et ce que j’avais tant apprécié sur mes précédents chemins : l’ambiance et la solidarité entre marcheurs. Dommage que ces rencontres restent éphémères, parfois trop courtes...


Étape 3 du Skye Trail, 15 juin.


Cette journée sur l'île de Skye fut à la fois l’une des pires et l’une des meilleures. Traverser une rivière pieds nus, mes chaussures dans une main, les bâtons dans l’autre, le pantalon de pluie ruisselant et devenu inutile, c’est à peu près l’image que je vais garder de la marche du jour.


Due à la pluie incessante depuis trois–quatre jours, le niveau des rivières a largement gonflé rendant certains passages compliqués en raison du courant. Au bout de la troisième fois, j’ai renoncé à enlever mes chaussures. A quoi bon ? Je suis déjà trempée et mes chaussures aussi. Tant pis, je m’enfonce dans l’eau, chaussures aux pieds. Je me concentre, appuyée sur un bâton, sur ma respiration, afin d’identifier un endroit où la vitesse du courant est modérée et surtout pour ne pas tomber.


Les paysages du Glen Sligachan sont fantastiques. J’avance sous une fine pluie brumeuse. Les sommets sont dans la brume, sur les versants des torrents s’écoulent en direction de la rivière. Même cachés dans la brume, les munroes, ces cônes et monts de pierre sont impressionnants. J’essaie d’en deviner les contours. Il est saisissant à quel point la météo crée l'ambiance d'un paysage. Même mes émotions en sont impactées. Il est certes plus agréable pour moi de marcher dans un climat serein, avec le soleil. Cependant, j'ai eu plusieurs fois la sensation que la beauté des paysages écossais se révélait davantage sous la pluie et le vent.


Le Glen Sligachan sur l'île de Skye - Le Skye Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Le Glen Sligachan

Au bout d’une dizaine de kilomètres, mon attention se déporte du paysage pour se fixer sur mon envie d’arriver et de me mettre à l’abri. J’accélère sur le dernier kilomètre quand j’aperçois enfin la figure blanche de l’hôtel. Ce soir, je n’ai aucune envie de dormir sous la tente, j’aspire seulement à dormir à l’abri et au sec. Arrivée, à Sligachan, je trouve un arrêt de bus comme abri pour faire une réservation de dernière minute. Je trouve une auberge de jeunesse à Uig. En attendant le bus, je me réfugie dans le bistro à côté de l’hôtel. Je m’offre un bon burger et je retrouve mes camarades de la veille. Tous un peu secoués par la matinée, chacun prendra des chemins séparés avec l’envie de dormir à l’abri et la ferme intention de faire sécher ses chaussures.


A la suite de cette journée, je décide de m’accorder un jour de pause, la météo prévoit les mêmes conditions météo pour le lendemain. Je préfère attendre vendredi, et recommencer à marcher au sec.


Étape 5 du Skye Trail, 18 juin.


Je n'ai pas beaucoup dormi cette nuit. Le vent a soufflé malgré ma tentative d'abri. Mon réveil sonne. Il est 3h30 du matin. Objectif : assister au lever du soleil sur le Old Man of Storr et profiter du lieu, seule, sans les touristes. Ce fut un moment hors du temps. La lumière est magnifique. Le paysage me paraît irréel.


Lever de soleil sur le Old Man of Storr sur l'île de Skye - Le Skye Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Lever de soleil sur le Old Man of Storr

Je grimpe vers le Storr au même rythme que le soleil s'élevant au-dessus des nuages qui commencent à s'attrouper. Les hauteurs sont dans la brume, les nuages filtrent la lumière dorée du soleil, l'ambiance y est presque mystique. Le Storr est splendide. Le site est silencieux, je ferme les yeux, m'assoie quelques minutes pour reprendre mon souffle et je profite de ce moment. Il est maintenant 7h et j'aperçois en contrebas les premiers marcheurs. Je poursuis mon chemin vers la crête.


Le Old Man of Storr - Le Skye Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Le Old Man of Storr

Aujourd'hui, j'ai l'intention de marcher sur le ridge entre le Storr et Flodigarry. Cependant, en arrivant sur la crête, je suis obligée de m'appuyer sur mes bâtons pour ne pas tomber et puis surtout je n'y vois rien. Je ne sais pas où je vais et je sais que cette étape n'est pas tracée. Il n’ y a pas réellement de chemins. Dans ma tête résonne : DANGER, STOP, DEMI-TOUR !! Non, je ne me lancerai pas sur cette étape, pas dans ces conditions et seule c'est trop dangereux. Un sentiment de frustration m'envahit car cette étape est sûrement une des plus belles du chemin mais tant pis, je redescends. Je retenterai demain, peut-être…


En attendant, je reviens sur Portree où je m'offre un bon repas. Cela fait du bien de changer de ma routine alimentaire. Je suis épuisée, par mon réveil à l'aube et par ces changements constants qui malgré tout rendent cette aventure unique par sa totale imprévisibilité. Au fond de moi, je sais, que je suis venue le chercher, l’imprévu. Même si cela fait peur, c'est une des raisons pour laquelle j'aime autant voyager. L’imprévu pousse constamment à se réinterroger et à vivre l'instant.


Portree sur l'île de Skye - Le Skye Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Portree

En soirée, je rejoins l'hostel de Flodigarry où je plante la tente pour 12 pounds avec accès à la cuisine et aux sanitaires. Je retrouve encore les deux français et je fais la rencontre de deux amies françaises en vacances sur l’île de Skye. Les auberges de jeunesse restent des lieux de rencontres importants de mon voyage. J'aime marcher seule mais pouvoir partager avec d'autres en soirée autour d'un verre ou d'un repas remonte souvent le moral. C'est agréable de pouvoir échanger, rire, rencontrer. C'est une des raisons parfois pour laquelle j'ai choisi de dormir en hostel.


Étape 6 du Skye Trail, 19 juin.


Ce matin, j'ai finalement eu l'occasion de rejoindre le Quiraing. Une fois de plus, c'est magnifique. L'île de Skye ne cesse de me surprendre. Une immensité verte ponctuée de deux lochs. Après ma pause déjeuner, cap retour sur Flodigarry pour entamer la dernière étape.


Le Quiraing sur l'île de Skye - Le Skye Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Le Quiraing

Après 3h30 de marche, j'atteins le Lookout Bothy dans lequel je me réfugie du vent. Le Bothy est tout petit mais la vue y est splendide. Le soleil réchauffe la pièce à travers les carreaux et l'horizon se dégage. Je crois que je vais assister à mon premier coucher de soleil écossais, un immense cadeau après cette semaine un peu chaotique et compliquée. Je plante ma tente à l'extérieur du bothy. L'espace pour dormir n'est pas si mal, mais habituée à dormir sous la tente, je commence à manquer d'air dans les espaces clos.


Le Lookout Bothy sur l'île de Skye - Le Skye Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Le Lookout Bothy

Cette soirée est régénératrice, comme une vague de chaleur. Une soirée sereine, avec une brise légère, assez importante pour faire fuir les midges. Le retour du soleil. La chaleur. Ressentir à nouveau la chaleur sur mon visage et dans mon corps me fait réaliser à quel point j'ai eu froid cette semaine. L'absence de vent m'indique à quel point le silence d'une nature apaisée m'avait manqué. Prendre le temps de monter la tente, sans précipitation, sans gouttes à éviter. Prendre le temps de préparer à manger sans avoir à tenir l'auvent de ma tente et pouvoir manger à l'extérieur avec vue sur la mer et la silhouette des Hébrides. C’est ce qui s’appelle finir en beauté!


Repas à Rubha Hunish - Le Skye Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Repas avec vue sur Rubha Hunish

L'île de Skye fut une claque au niveau des paysages mais ce fut également la section la plus difficile de mon voyage notamment en raison de la météo plutôt capricieuse. Ce que je comprends c’est que la météo me pousse constamment à m’adapter. C’est épuisant et challengeant à la fois. Mes plans changent très souvent, et si au début de l'aventure, cela me contrariait car j'ai dû renoncer à certaines sections de marche, j'ai à un certain point lâché prise, et accepté de marcher dans des conditions incertaines et changeantes et de simplement m'en amuser. Mais bon plus facile à dire qu’à faire !


Guide voyage île de Skye en Ecosse


Mais au fait pourquoi tu marches seule ?


Marcher seule implique un dépassement de soi, Marcher seule c'est apprendre à se faire confiance et à s'écouter, Marcher seule, c'est se trouver des forces insoupçonnées, Marcher seule, c'est oser aller vers l'autre, Marcher seule, c'est croire ensuite que tout est possible.


Pourquoi randonner seule en Ecosse ? - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Marcher seule, c'est croire ensuite que tout est possible.


200 km sur l’Hebridean Way


C'est en tombant sur le blog Watchmesee que j'ai découvert l'existence des Hébrides Extérieures et de l'Hebridean Way. Je n'en avais jamais entendu parler auparavant. Et ces îles lointaines, silencieuses, isolées, aux plages de sable blanc, aux cercles de pierres, si différentes des autres paysages écossais n'ont pas tardé à s'ajouter à mon parcours. J'ai passé deux semaines sur ces îles à parcourir près de de 200 km sur l'Hebridean Way, du sud au nord.


L'Hebridean Way est un itinéraire balisé qui traverse l'ensemble de l'archipel des Outer Hebrides (10 îles au total) sur près de 250 km. Il nécessite de prendre deux ferries, et emprunter 6 causeways. Sans grandes difficultés de dénivelé, il peut tout de même se révéler challengeant par les terrains traversés, l'absence de chemin sur certaines sections et par la météo des îles, très changeantes.


L'Hebridean Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK

Mes étapes sur l’Hebridean Way :

Étape 1. Eriskay – Dalabrog

Étape 2. Dalabrog – Howmore

Étape 3. Howmore – Liniclate

Étape 4. Liniclate – Carinish

Étape 5. Carinish – Loch Blathais Bhal

Étape 6. Loch Blathais Bhal - Barra Hostel

Étape 7. Leverburgh – Horgabost

Étape 8. Horgabost – Drinishader

Étape 9. Drinishader – Aline

Étape 10. Aline – Laxay

Étape 11. Laxay – Ardhmore


Itinéraire de l'Hebridean Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
L'Hebridean Way


Étape 1 de l'Hebridean Way, 29 juin.


Je commence ma marche avec le soleil et repue d'un bon petit déjeuner écossais. Ce matin j'ai pris le full one. Un bon plein de protéines, je suis prête à attaquer ce nouveau trail. Je quitte Andy, le propriétaire du Bed and Breakfast. La communication entre nous fut chaotique et assez drôle. Je ne comprends pas son accent écossais, il ne comprend pas mon accent français. Le seul sujet où nous pouvons échanger est la météo et Andy m'assure que le soleil va durer toute la journée. Je suis ravie et soulagée car la veille la vitesse du vent était assez impressionnante.


Petit déjeuner écossais - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Full Scottish Breakfast

J'ai droit aux magnifiques couleurs turquoise et bleue de la mer, révélées par la lumière du soleil. Les boutons d'or et les coquelicots sont en fleur et ajoutent de belles touches de couleurs. J'ai du mal à croire que je suis toujours en Écosse. Me voilà transportée dans un autre monde.


L'île d'Eriskay - L'Hebridean Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
L'île d'Eriskay

L'étape entre Eriskay et Dalabrog emprunte de vrais chemins, plats et bien tracés. Je savoure de ne pas avoir à regarder où je mets les pieds et de ne pas avoir à surveiller mon GPS. Je n'ai qu'à suivre le sentier. Mes pas engloutissent les kilomètres et je plante ma tente en soirée dans les dunes, habitées par les lapins et je profite des rayons du soleil. Sereine, j'attends avec impatience les prochains jours.


Pause sur l'Hebridean Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK

Étape 2 de l'Hebridean Way, 01 juillet.


L'arrivée sur Liniclate se fait par la route. Le bruit des voitures me surprend. Habituée au silence et au calme de la nature. Je fais des provisions à la Coop de Crianlarich. J'achète des fruits frais, un régal. Manger frais est ce qui me manque le plus sur la marche longue distance. Je transporte régulièrement des carottes et de temps en temps des pommes. Plus, ne ferait qu'alourdir le poids de mon sac.


Les paysages de l'île de South Uist dans les Hébrides Extérieures - L'Hebridean Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Les paysages de l'île de South Uist

Je reprends la route, puis je décide de m'arrêter au campsite de Liniclate pour 10 pounds la nuit. Le propriétaire est accueillant et ne manque pas de faire un commentaire sur la taille de ma tente. "C'est la plus petite tente que je n'ai jamais vu !". Nous échangeons quelques mots et il me conseille d'avoir régulièrement du cash sur moi. Sur les îles, c'est plus facile.


Une fois installée, une dame vient à ma rencontre. Elle est en vacances au camping avec sa famille. Elle me demande si je voyage seule et si tout va bien. Je lui réponds par l'affirmative. Elle me félicite et salue mon courage. Souhaitant absolument m'offrir quelque chose à manger, elle m'offre une tasse de thé et une belle part de gâteau au chocolat. Mon cœur et mon appétit sont comblés.


Étape 5 de l'Hebridean Way, 04 juillet.


J'arrive sur Lochmaddy autour de 15h30 après avoir marché sur 8 km de route depuis Langlass Woodland. Je pensais m'arrêter là mais je ne suis pas fatiguée. Malgré le vent, j'ai envie de continuer de marcher. Au croisement, à Blathais Bhal, je me retrouve face au vent et à la pluie, je me prends tout dans le visage, j'en rigole. Je me mets à chanter pour m'encourager. Quelques kilomètres après, je commence à prospecter un lieu de camp pour la nuit au milieu de nombreux petits lochs. Planter ma tente sur les bords est tentant mais je ne dois pas oublier l’influence de la marée sur le niveau d'eau du Loch. Je n'ai pas envie de me retrouver inondée. Des moutons pâturent dans le coin.


Le site de Pobull Fhinn sur North Uist - L'Hebridean Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Les pierres dressées de Pobull Fhinn sur North Uist

D'après ma carte, le chemin se perd un peu plus loin dans le moorland, autant dire que ça va être compliqué de trouver un endroit plat, sec et à l'abri du vent. Je parviens tout de même à trouver un petit emplacement près d'un loch, protégé par une butte. Ça n'est pas parfaitement plat mais je ne pense pas trouver mieux et j'ai envie de me mettre à l'abri du vent et de la pluie.


Ma tente à beau être petite, elle est bien pratique. Plusieurs fois elle m'a permis d'éviter de faire trop de km et d'accumuler de la fatigue. Son gros inconvénient, je ne tiens pas assise. J'ai souvent mangé, recroquevillée. Pour me préparer à manger, ce fut un peu la bataille. J'ai failli mettre le feu à ma tente, j'ai pas trop rigolé. Assommée de fatigue, le vent qui secoue ma tente ne m'empêche pas de dormir.


Bivouac sur l'Hebridean Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
A l'intérieur de ma petite tente.

Étape 6 de l'Hebridean Way, 05 juillet.


Le lendemain, le vent souffle toujours aussi fort. Ma tente n'est pas sèche. Tant pis, ça sentira le moisi. Le sentier prend de la hauteur. La vue sur Berneray et le moorland est magnifique. A perte de vue, des centaines de petits lochs. Je contourne la colline, en contrebas de nouvelles plages aux eaux turquoise. J'aperçois le ferry pour Leverburgh où je me rends demain.


Sur Berneray - L'Hebridean Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Ca souffle sur les Hébrides !

Aujourd'hui, je prévois une étape courte. Après un bon repas chaud au bistro du village, je marche les 4km supplémentaires pour rejoindre l'hostel de Berneray. Atypique. Vue sur la mer. Je paie 20 pounds pour y passer la nuit. J'en profite pour faire sécher mes chaussettes sur les fils à linge. L'avantage du vent c'est que ça sèche les affaires. Marcher les pieds mouillés devient quotidien. J'y rencontre quatre amis anglais qui reprennent le chemin là où ils l'ont laissé trois ans plus tôt. Ils feront partis des rares randonneurs croisés sur mes 11 jours de marche. Ce fut une marche très solitaire. J'ai adoré. J'ai trouvé ce que je cherchais. La solitude et le silence.


Étape 8 de l'Hebridean Way, 07 juillet.


Au petit déjeuner, je croise Gary, un des quatre anglais que j'ai rencontré la veille, à l'hostel de Berneray. Il me questionne sur la suite de mon projet. Je lui parle alors du Cape Wrath et de mon hésitation à faire la dernière section de ma marche. Si les conditions météo sont les même qu'ici, je ne sais pas si je continue. Je suis fatiguée, plus que je ne l'imaginais. Gary a marché sur le Cape Wrath Trail et il a adoré, il me confie même que c'est un de ses trails préférés. Il m'a fallu 2 secondes pour changer d'avis. Il m'a convaincu et je ne veux rien regretter. Je pars seule du camping, les 4 amis anglais hésitent à continuer. La météo des prochains jours s'avère calamiteuse. Ils hésitent à prendre le bus pour avancer au prochain hostel.


L'étape commence sur les chapeaux de roue. Un bon 300 mètres de dénivelé et pas de chemins. J'essaie de trouver les piquets avec la balise. Épique. Chacun finalement crée son propre chemin. Au sommet, la vue sur la plage de Seilebost est totalement bouchée et le vent souffle si fort. Essoufflée et poussée par le vent, je crie. Personne ne peut m'entendre. L'air frais rentre dans mes poumons et rougie mon nez et mes joues. Je me sens bien. Je ne pense à rien.


La plage de Luskentyre sur Lewis & Harris - L'Hebridean Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
La plage de Luskentyre sur Lewis & Harris par beau temps

Bizarrement, ce sont ces étapes les plus dures physiquement, les plus challengeantes qui sont les meilleures ! Aller au-delà de soi, dépasser ses limites pour être ensuite fière de son accomplissement. Le chemin entre Seilebost et Plocrapool est splendide. Chaos granitique, maisons isolées et petits ports de pêche. Un air de Norvège, je sens que je gagne en latitude.


Étape 9 de l'Hebridean Way, 08 juillet.


Après plus d'un mois sur les chemins, je commence à me connaître, à savoir comment je réagis quand les conditions météo se dégradent, comment je gère les situations difficiles. J'essaie chaque jour de faire le choix le plus adapté et le plus respectueux envers moi-même. Cependant, parfois la raison, la peur prend le dessus et c'est la panique.


Peu avant Aline, j'ai paniqué. J'ai pris peur, j'ai fait un choix, trop rapide peut-être. Si je sais que la pluie ne dure pas, le vent qui souffle depuis trois jours me fait tourner la tête. Le sol est imbibé d'eau, je tâtonne avec mes bâtons pour me faire une idée de la profondeur. Un moment d'inattention et je m'enfonce dans le sol, c'est la chute. J'atterris sur une partie non inondée. Je n'en peux plus alors sur un coup de tête je saute dans les bus pour Stornoway. Je dors au camping et fait sécher mes chaussettes. Je n'étais qu'à quelques mètres de mon point d'arrivée.


Sécher ses chaussettes - L'Hebridean Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Faire sécher ses chaussettes, pas toujours aisé...

C'est une décision que j'ai regretté par la suite mais j'apprends à me répéter que c'est la première fois que j'entreprends un tel voyage et que les moments de panique et de doutes font partie de l'aventure ou font l'aventure.


Étape 10 de l'Hebridean Way, 09 juillet.


Marcher entre Aline et Laxay fut une de mes étapes préférées. J'ai adoré cette section du chemin. Isolée, traversant des grands espaces de moorland. L'absence de vue sur la mer m'en fait oublier que je suis sur une île. La traversée d'Aline Woodland est agréable, cela faisait bien longtemps que je n'avais pas vu d'arbres. J'aperçois enfin les premières vaches Highlands. Plus je progresse sur le chemin, plus les montagnes derrière moi se font petites, le relief s'adoucit.


Sur Lewis - L'Hebridean Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Sur le chemin

Autour de moi, le rien, que de grands espaces de moorland ponctués par des lochs, une image gravée dans mes souvenirs. Juste avant Laxay, je trouve un bel endroit pour passer la nuit.


Bivouac sur l'Hebridean Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK

Demain, j'arrive sur Stornoway. Je vais m'offrir deux bons jours de repos avant de revenir sur le continent. Au camping de Stornoway, je prends le temps de me reposer et de préparer la dernière section de mon parcours même si chaque jour l'incertitude est là. Laisser mes pieds au sec, à l'air frais. Ces derniers jours mes pieds ont souffert de l'humidité permanente. J'ai la sensation parfois que ma peau va littéralement se déchirer tellement elle est fripée. Le Cap Wrath approche !!


Stornoway - L'Hebridean Way - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Stornoway


115 km sur le Cape Wrath Trail


Le Cape Wrath Trail prend son départ à Fort William pour se terminer au Cape Wrath, la pointe nord-ouest de l'Écosse. Long de plus de 300 km, il est réputé pour être une des randonnées les plus difficiles de Grande-Bretagne. De nombreuses portions ne sont pas tracées mais le trail offre de nombreuses variantes. J’ai marché sur le Cape Wrath Trail entre Ullapool et le Cape Wrath, à travers l'Assynt et le Sutherland.


Mes étapes sur le Cape Wrath Trail :

Étape 1. Ullappol- Schoolhouse Bothy

Étape 2. Schoolhouse Bothy – Glen Oykel

Étape 3. Glen Oykel– Inchnadamph

Étape 4. Inchnadamph – Glendhu Bothy

Étape 5. Glendhu Bothy - Kylestrome

Étape 6. Kinlochbervie – Sandwood Bay

Étape 7. Sandwood Bay - Cape Wrath


Itinéraire du Cape Wrath Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Itinéraire du Cape Wrath Trail


Étape 1 du Cape Wrath Trail, 14 juillet.


L’immensité, le silence, la solitude, pendant un court instant créent une ambiance incertaine. J’ai peur. Je pense même à faire demi-tour mais l’appel du chemin est plus fort. Il n'y a que moi. Je suis complètement seule. C'est la première fois depuis le début de ma marche que je me pose la question "Et s'il m'arrive quelque chose ?". Je n'ai aucun réseau et personne ne sait vraiment où je suis. Inquiète, j'avance un pas après l'autre. Tout va bien. Jusqu'ici tout s'est bien passé. Il existe une solution à tout problème. S'il m'arrive quelque chose, je me fais confiance, je trouverai une solution.


Les paysages sur le  Cape Wrath Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK

Je reprends mon souffle et je m’élance à nouveau sur le chemin, émerveillée par le paysage et envahie par les émotions. Je suis là où je dois être perdue au milieu de ces grands espaces. Rassurée et soulagée, je poursuis ma marche jusqu'à mon petit campement près d'une rivière. Je tente une baignade. J'ai dépassé les genoux mais c'est vraiment trop froid. Je me réfugie dans mon sac de couchage bien au chaud.


Bivouac sur le  Cape Wrath Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK


Étape 3 du Cape Wrath Trail, 16 juillet.


Je me réveille au bord de la rivière Oykel. Il a à peine plu cette nuit. Les midges sont déjà là. Je prends mon café dans la tente. Depuis deux jours je me régale des paysages et de l'immensité des lieux. Les paysages s'ouvrent et la vue s'étend. Aujourd'hui je passe de l'autre côté de la vallée pour rejoindre Inchnadamph et le Loch Assynt. Je m'enfonce dans le Glen. Je retrouve les barres rocheuses. Je me sens si bien dans la montagne. J'ai un coup de cœur pour cette partie de l'Écosse et il me reste encore quatre jours de marche avant d'atteindre le Cape Wrath pour en profiter.


Je commence à prendre de la hauteur, deux cerfs s'élancent devant moi. Je lève les yeux. Une vingtaine de cerfs et biches se sont immobilisés et me regardent continuer le chemin. C'est magnifique. Je me sens désorientée par tant de beauté et si petite. J'aperçois maintenant le cours de la rivière Oykel. Il serpente dans la vallée. Je n'ai jamais vu un tel paysage. J'en perds mon chemin. Je fais un détour en m'offrant un petit dénivelé qui n'était alors pas nécessaire. J'aime bien me compliquer la vie.


Le Glen Oykel sur le  Cape Wrath Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Le Glen Oykel

En retrouvant le chemin, j’aperçois le Loch Assynt. Whaoouh !!! Exclamations continues. Ce jour-là marque la fin de ma marche en solitaire. Je passe la nuit à l’hostel d’Inchnadamph, j’y rencontre quatre randonneurs du Cape Wrath Trail. Un couple d’anglais (H et K) et deux amies américaines.


Vue sur le loch Assynt depuis le  Cape Wrath Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Vue sur le Loch Assynt

Étape 4 du Cape Wrath Trail, 17 juillet.


Ce matin, la brume a envahi les sommets. Le sentier du Cape Wrath Trail emprunte les hauteurs. La vue est totalement bouchée. J'aperçois à peine le Loch Assynt et le sommet du Ben More Assynt est caché dans les nuages. Je me concentre sur le chemin. J'aperçois deux tâches de couleurs, une orange et une verte qui disparaissent rapidement dans la brume. Je ne suis pas seule. K et H sont justes devant moi. Ça me rassure de ne pas être seule dans ces conditions de marche. Je les retrouve après le col avant d'entamer la descente sur le Loch Glencoul. On marche sur un petit bout de chemin ensemble. Cette étape est encore plus dingue que les précédentes.


Le Loch Glencoul sur le  Cape Wrath Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Le Loch Glencoul

Le brouillard finit par se lever et devant moi des barres rocheuses se dévoilent peu à peu. Aux alentours de 12h, le vent se calme, il fait chaud. Peut-être 22 degrés. Habituée au froid depuis le début de l'aventure, cela me fait tout drôle d'enlever la veste. Je transporte des t-shirts que je n'ai jamais portés. L'occasion se présente enfin. Tout est différent ici. Le relief est différent. L'atmosphère est différente : surréaliste, dramatique, hypnotique. Chaque munroe à sa particularité, son unicité.


Le Stac Pollaidh, un des massifs iconiques du  Cape Wrath Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Le Stac Pollaidh, un des massifs iconiques du nord de l'Ecosse.

J'ai pensé toute la journée aux pies (tartes) de Lochinver, élues meilleures pies écossaises en 2022. Grande amatrice de nourriture que je suis, comment passer à côté. Lochinver n'est qu'à quelques kilomètres d'ici. Après avoir élaboré un plan basé sur les horaires de bus, beaucoup trop complexes, j'envisage de faire du stop le lendemain. Pour le moment, l’objectif est d’arriver au Glendhu bothy.


Arrivée au Bothy après une longue descente, je m'assoie pour récupérer. J'ai du sortir la moustiquaire de tête pour ne pas souffrir des attaques de mouches. Ce soir, l'air est sec, sans vent. Cela ne fait aucun doute, les midges vont se montrer ce soir. Depuis que j'ai quitté les îles le volume de midges est devenu impressionnant. Le soir, protégée par la moustiquaire de ma tente, je les regarde s’accumuler sous la toile de ma tente. Par milliers. Et le lendemain, ils sont tous morts, noyés dans la rosée.


Les paysages de l'Assynt depuis le  Cape Wrath Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Les paysages de l'Assynt

Je suis vite rejoint par deux amies allemandes qui viennent passer la nuit dans le bothy. Elles ne randonnent pas sur le Cape Wrath Trail, elles sont en vacances dans le coin. Elles me proposent de partager leur repas, l'une d'entre elles à trouver des champignons sur le chemin. Au cours de notre échange, je leur parle de mon intention de faire un détour par Lochinver ainsi que de mon appréhension de faire du stop seule. Elles ont eu la chance de goûter les tartes il y a quelques jours et elles me proposent de m'y emmener le lendemain et de manger des pies ensemble. C'est évidemment avec grand plaisir que j'accepte. Je suis bluffée par le hasard de cette rencontre. J’ai pensé à mes tartes toute la journée et voilà que je rencontre deux personnes qui me propose d’aller manger ces tartes ensemble.


De synchronicités en synchronicités, il se passe quelque chose. Je sens que quelque chose change dans ma perception et dans mon appréhension de la vie. Le chemin m'apporte ce dont j'ai besoin, c'est une évidence, et si je lui faisais finalement confiance à la vie ? L'apple pie est une des meilleures que j'ai mangé. Pâte pleine de beurre et pommes chaudes à la cannelle à l'intérieur. Un vrai délice. Après ce bon repas, je m'accorde une bonne pause avant de récupérer le chemin.


Pause gourmande sur le  Cape Wrath Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
L'Apple Pie de Lochinver


Étape 6 du Cape Wrath Trail, 19 juillet.


Demain s’achève deux mois et demi de voyage. Je ne réalise pas que ce sera mon dernier jour de marche. Il y a deux semaines j’attendais la fin avec impatience, fatiguée par les conditions de marche. Mais après cette dernière semaine, plus sereine, j’ai envie de continuer de marcher. Demain, mon objectif sera atteint. Les images, les moments marquants, les réflexions défilent dans ma tête. Je ne suis jamais partie seule aussi longtemps. Un sentiment de fierté m’envahit. Cependant, je ne peux m ‘empêcher de penser à ce que j’aurais pu mieux faire, à mes doutes et à mes peurs et aux choix qui en ont découlé. Ce soit, c’est mon dernier bivouac.


Dormir dans la tente fait partie désormais de ma routine. Plus j’y dors, plus j’y trouve du confort, c’est mon petit cocon. Je la trouve de plus en plus spacieuse. J’ai développé toute une organisation pour m’y déplacer, pour y manger et pour y ranger mes affaires. Quand il pleut dehors, pas le choix. Cela va me manquer. Vraiment. Le voyage et la marche font partie de moi. Je me sens pleinement vivante.


Un repas pris sur le  Cape Wrath Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK

Étape 7 du Cape Wrath Trail, 20 juillet - Arrivée au Cape Wrath !!!


Déjà nostalgique, je remballe mes affaires face à la mer, sur la plage de Sandwood Bay. Plus que 13km de moorland. Plus j’avance dans cette immensité, sans traces et sans chemins, plus le phare du Cape Wrath se dessine. Plus que quelques pas parmi les milliers réalisés depuis Glasgow. Le vent souffle fort et il fait froid. Les conditions de marche ne vont pas me manquer.


Sandwood Bay sur le  Cape Wrath Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Sandwood Bay et le Cap Wrath tout au bout

Après 3h de marche, j’atteins la route qui mène au phare. Plus que 2 km. Il est là. Le bout. Je m’approche du phare et le contourne pour me retrouver face à la mer. Je reste là debout pendant quelques minutes. Le vent souffle sur mon visage, je lève les bras en signe de victoire, le sourire aux lèvres. Je ne réalise absolument pas que je viens de terminer ce projet dont je rêve depuis si longtemps. Je ne reste pas longtemps, il fait vraiment froid.


Le Cap Wrath, le bout du  Cape Wrath Trail - Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle | A Kiss From UK
Le Cap Wrath !

A ma grande surprise il y a un petit café caché derrière une immense porte rouge. Je me dépêche de m’y mettre à l’abri. Je m’offre un bon chocolat chaud avec une bonne dose de crème fouettée.

Je crois que je l’ai bien mérité.


La récompense d'avoir atteint le Cap Wrath.
La récompense après tous ces efforts


Le petit mot de la fin


Lorsque mon aventure s’est terminée, j’ai pensé à la partager au travers de la création d’un blog. Mais suis-je légitime ? J’ai fait tellement d’erreurs et parfois de débutante. La première ? Partir avec un sac trop lourd. J’ai parfois manqué de courage ou pris des décisions trop rapides. Et puis est-ce que mon histoire va trouver ses lecteurs ?


Mais lorsque Jean m’a proposé d’écrire mon aventure pour son blog, j’y ai vu une belle opportunité. J’y ai vu un espace pour raconter et partager mon aventure et peut-être encourager d’autres à se lancer à leur tour dans un voyage en solo ou en itinérance sur les chemins. Alors, en faisant fit de mes doutes, je me suis lancée dans la rédaction du récit de mon voyage et au fil des mots, je revis mon voyage et j’assimile tous ces paysages traversés, les doutes, les souffrances ressenties, les joies et les moments intenses. Quoi de mieux pour mettre un point final à cette aventure.


Pendant mon voyage, j’ai rencontré beaucoup de femmes voyageant seules. Nous sommes de plus en plus à oser se lancer. Nous avons toutes un seul mot à la bouche : liberté. Et trouver une telle sororité n’a pu que me donner l’envie de partager mon aventure. Voyager seule en Écosse est tout à fait possible, jamais je ne me suis sentie en insécurité. J’espère vous avoir donner envie de vous lancer mais par dessous tout vous avoir donner l’envie de partir découvrir l’Écosse. Un pays à inscrire définitivement sur sa liste de voyage.


J'ai randonné 900 kilomètres en Ecosse, de Glasgow au Cap Wrath | A Kiss From UK
J'ai randonné 900 kilomètres en Ecosse !

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Hasard des prénoms, une autre Maëlle m'avait fait l'honneur de partager son carnet de voyage illustré en Ecosse que vous pouvez découvrir sur le site.



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Randonner en Ecosse en solo : le récit des 900 kilomètres de marche de Maëlle, de Glasgow au Cap Wrath en passant par Skye et les Hébrides Extérieures. | A Kiss From UK

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